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Aléas des inspections

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S’il est aujourd’hui assez aisé de se rendre dans n’importe quelle commune du Tarn pour y exercer le contrôle scientifique et technique sur les archives des communes, il en n’a pas toujours été ainsi, nos prédécesseurs ayant parfois rencontré bien des difficultés…

La première contrainte est le temps. A raison de 16 inspections communales par an en moyenne, il faut à un archiviste départemental une vingtaine d’années pour avoir vu toutes les communes au moins une fois ! Maurice Greslé-Bouignol est parvenu à réaliser un cycle complet en 15 ans. Si bien que chaque commune est visitée en moyenne une fois tous les 15 à 20 ans, ce qui rend extrêmement difficile un suivi véritable des situations locales.

Guide d'archivage distribué aux secrétaires de mairie lors des inspections

Aujourd’hui, une inspection dure au maximum une demi-journée. Mais il a pu arriver que le temps consacré à une commune soit beaucoup plus important. En 1862, Emile Jolibois écrit : « J’ai dû rester huit jours à Lacaune. J’y suis allé principalement pour mettre en ordre les archives antérieures à 1790, mais j’ai dû m’occuper des archives modernes ». Jusqu’à la fin des années 1980, les inspections donnaient lieu à de véritables séances de classement en commune, mais qui ont souvent été sans lendemain : à l’inspection suivante, on retrouvait les archives dans l’état où elles avaient été laissées lors de l’inspection précédente…On a même retrouvé dans une commune, vingt ans plus tard, le papier de bonbon oublié par l'archiviste précédent...! Aujourd’hui, il n’y a plus de classement d’archives lors des inspections, puisqu’il incombe à la commune de bien tenir ses archives. La priorité est désormais d’aider les secrétaires de mairie à gérer correctement leurs archives, notamment en effectuant les éliminations indispensables. L’inspection est alors davantage basée sur le conseil en matière d’archivage et sur le suivi « post » inspection.

Exemple de tri effectué lors d'une inspection précédente, Vielmur-sur-Agout, 2010

Les inspections communales se heurtent aussi quelquefois à des difficultés bassement matérielles. En ce début de XXIe siècle, il est facile de se rendre dans une commune à inspecter avec un véhicule de service. La distance à parcourir est, certes, plus ou moins longue, mais ne présente pas de difficulté majeure. Pourtant, la première contrainte a longtemps été le déplacement lui-même, surtout lorsqu’il s’agissait de se rendre dans les communes les plus éloignées du chef-lieu du département. Emile Jolibois se rendait en commune en diligence ou en train… Le dossier communal d’Escoussens conserve le témoignage des difficultés qu’il y avait à s’y rendre, en particulier à la mauvaise saison : en 1924, « le voyage d’Albi à Escoussens, — outre l’inconvénient qu’il peut présenter en cette saison, — est assez peu commode attendu qu’il oblige d’aller coucher à Castres, de prendre le lendemain matin une voiture ou un autobus pour Dourgne, de trouver là une voiture (découverte) pour se rendre à Escoussens ». Et, pendant la guerre, l’archiviste départemental Pierre Breillat se déplace pour ses inspections à bicyclette !

Alors que les inspections communales n’ont jamais lieu à l’improviste, puisqu’un courrier annonce à l’avance la date de la visite, il arrive néanmoins que personne ne soit présent sur place… En 1904, l’archiviste Charles Portal écrit au sujet de l’inspection de la commune de Ratayrens, 30 habitants (aujourd’hui commune du Riols) : « Monsieur le Maire, occupé aux travaux des champs, n’a pas jugé utile de tenir compte de mon avis de passage ». A Laboutarié en 1944, l’archiviste Pierre Breillat ne trouve « personne à [son] passage ». A Rivières en 1945, il a vu le secrétaire « à l’autre bout de la commune », « mais ayant une collecte d’œufs n’a pu se déranger ». En 1949, à Saussenac, l’archiviste Maurice Greslé-Bouignol note qu’il a « vu la femme du maire en l’absence du maire et du secrétaire de mairie ». A Senaux, en 1952, il n’a « vu : personne. Bien qu’ayant prévenu de mon passage, après 1 h1/2 de recherches, je ne trouve aucun représentant de la municipalité et finis par entrer à la mairie par la fenêtre dont je découvre qu’elle est ouverte. J’en prends à témoin un conseiller municipal qui, enfin, passe. ».

Mairie du Rialet, 2009

Une fois sur place, en présence du maire ou du secrétaire, il convient d’avoir les bonnes clés pour pouvoir accéder aux salles d’archives lorsqu’elles sont fermées. En 1988, à Saint-Amans-Soult, Jean Le Pottier n’a pu trouver les archives du XIXe siècle de la commune. Le procès-verbal précise : « une pièce fermée à clef [dans l'ancien hôtel de ville, à côté de la perception] pourrait contenir d'autres documents. Il faut l'espérer vivement car sinon les archives de Saint-Amans-Soult se révéleraient dramatiquement pauvres pour un chef de lieu de canton industriel et peuplé : aucune collection d'imprimés du XIX-XX siècle ! aucun document usuel municipal du XIXe siècle : budgets, comptes, affaires militaires, impôts, chemins, bâtiments communaux, élections, etc... ! ». En 2009, à Salvagnac, il n’a pas été possible de voir une salle située au premier étage d’un bâtiment communal distinct de la mairie : « Faute d’avoir la bonne clef, nous n’avons pas pu accéder à cette pièce. Il semblerait qu’elle comporte la comptabilité et d’autres archives non classées en cartons ». Au Rialet, toujours en 2009, il a été difficile d’accéder au grenier contenant les archives modernes et contemporaines, parce qu’il était nécessaire de détenir la clé permettant d’ouvrir une trappe d’accès située dans un plafond, à l’extérieur de la mairie… A Graulhet en 2008, il a fallu presque deux heures pour trouver la clé, puis le code, puis la manière de saisir le code permettant d’ouvrir le coffre-fort du sous-sol contenant la charte sur parchemin de 1313…

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